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Mes fautes
Une page dans le journal intime "Interrompu par le brouillard"
Écrit par schnauzer 7 août 2007 01:38
Jour 6. J'ai été un enfant peu dégourdi, notamment en raison d'une myopie non diagnostiquée. Il est étrange la mauvaise vue entrave l'ouïe. Gamin étourdi et rêveur, imaginatif, renfermé, peu bavard, prompt à pleurnicher. Assez mauvais élève avant mon arrivée au Canada en 1956. Mauvais facturier, après l'abandon des études, mauvais nettoyeur de piscine. Jeune homme mal assuré et pédant. Un pédant lacunaire. Mais grand lecteur. Prof de français passable chez Berlitz, mais liquidé par l'école (de langues) d'après. Mauvais traducteur par la suite, mauvais romancier (qui a lu Clari?).
Bon élève à la reprise de mes études à 29 ans. Moyenne de A. Bonne mention au doctorat de 3e cycle. Mais mauvais prof (peut-on être mauvais prof de français dans une université anglo-saxonne?) et chercheur abscons et réputé intransigeant. Inutile de citer quoi que ce soit à ma défense. C'est toujours le plus convaincu qui a raison. Impénétrable au doute, puisqu'en outre il a le pouvoir, l'autorité. L'autre.
Moi j'ai le tort pour moi. Le tort dû. Le tort tue. Un des deux psychanalystes (le premier) me reprochait de m'habiller comme un « bum ». L'autre jour, le généraliste me signale qu'à mon âge je devrais abandonner toute idée de vanité physique et vestimentaire. Abandonner toute idée.
Je suis devenu sémanticien pour deux raisons. Ceux qui me lisaient ne comprenaient pas ce que j'avais écrit (peu importe la qualité, qui est une notion élastique et non discutable - indiscutable n'a pas ce sens). Mon expérience en tant que traducteur a renforcé cette impression: le sens d'un mot n'est pas évident (et encore moins d'une phrase).
Alors, que je sois un wisenheimer* ou non, ça n'a pas d'importance, puisque je n'ai pas de pouvoir et je ne serai jamais (plus) en position d'autorité. Et mes fautes (martelées par les autres) me hanteront jusqu'à la mort. Schnauzer.
*(±prétentieux) c'est un mot anglais assez ancien (que j'emprunte à R.B. Parker) et plaisant construit sur wise et les noms de famille se terminant par -enheimer, Guggenheimer, Oppenheimer. Assimilé à wiseacre, person who thinks he knows more than he really does (Macmillan), mais Funk & Wagnalls ajoute: A wise man; sage. On remarquera que celui qui s'en sert à propos de quelqu'un est automatiquement prétentieux, s'attribuant le pouvoir de percer à jour le vrai et le faux chez l'autre. Un tour dans les synonymes français révèle très vite qu'il s'agit d'un vocabulaire proche de l'injure, donc, malgré sa définition, vide de sens.