Veuillez lire le journal intime

Néfaste

Une page dans le journal intime "Interrompu par le brouillard"
Écrit par schnauzer 11 août 2007 02:36

Jour « n ». Cette entreprise se révèle extrêmement néfaste et pénible, au point de gêner mon travail sur la page web. Il faut dire qu'elle est difficile, impliquant une multitude de symboles que je dois traduire en html. Elle fait irruption en plein milieu d'une phrase ou d'un geste (clavier ou mouvement de souris).

J'ai parlé à ma psychiatre de cette nouvelle obsession/compulsion, et quand elle m'a demandé pourquoi je le faisais, j'ai été très embêté. Je me suis tiré d'affaire (plus ou moins, et je ne crois pas l'avoir convaincue) en disant que j'avais été touché par le discours des autres et que je voulais montrer que la dépression, même clinique ou considérée comme telle, ne conduit pas nécessairement au suicide. Il n'y a aucun mérite à se suicider ni aucun honneur. Je ne pose pas un jugement moral. Je ne condamne pas. Je dis simplement que quand on interroge un(e) rescapé(e) dans les média, on a souvent l'impression (fausse, parce que strictement médiatique) d'avoir affaire à des héros.

On a pu dire que le héros était celui qui surmontait sa peur. En fait, le plus souvent, le héros (celui qui sauve quelqu'un) ne réfléchit pas. Le cas des militaires est différent. Il faut une tournure d'esprit (s'agit-il seulement de cela?) assez spéciale pour porter un uniforme (je ne parle pas des employés du gaz ou de l'hydro). D'ailleurs, comme disait le moine, l'habit ne me fait pas. Les chiens en général se méfient des uniformes. Détectent-ils un déguisement?

Je voulais d'abord intituler ce « jour » Litanie. Ou bien encore la liste n'est pas close. Non, elle n'est pas close ; on ne dit jamais tout. Ce n'est d'ailleurs pas possible. Les raisons sont évidentes.

Depuis l'école gardienne (la maternelle en Belgique) jusqu'à ma neuvième année dans le système québécois, et mon séjour à la colonie de vacances avant le départ pour le Canada, on a réussi à me faire accroire que j'étais un imbécile. Comme j'avais une année de retard (scolaire) à cause des incompétents qui m'ont accueilli à Montréal, le directeur de la nouvelle école (dans l'Ouest de l'Île) m'a fait sauter la dixième. Puis, les frères ont fait passer un test d'intelligence à la classe. Je ne me souviens plus de la chronologie exacte, mais le résultat c'est qu'il ne faut pas confondre prouesses scolaires et intelligence. Je ne nie pas qu'elles peuvent coïncider, mais dans le cas qui m'occupe, il ne fallait pas me faire sauter la pratique à l'algèbre si on voulait que je réussisse la 11e plus tard.

Bien sûr, personne ne pouvait deviner que je ne réussirais même pas l'examen de rattrapage de l'été (l'algèbre était curieusement le seul échec - rattrapé l'année suivante, année de la lapidation et de l'autodafé). Non, je ne cherche pas à me décharger de ma responsabilité sur les autres. Mais si j'écris que je suis prétentieux, je mens.

On me dit prétentieux. Mais je ne prétends qu'à ce à quoi j'ai droit, il me semble. C'est l'autre qui décide de votre sort. De votre image. De votre salaire. De vos capacités. La femme d'un ex-collègue me disait qu'un doctorat fait à Paris était « facile », reprise aussitôt par son mari devant mon silence accusateur. Elle ne savait même pas ce qu'était la matière que j'avais étudiée. J'ai au moins eu des professeurs amusants (notamment une célébrité). Pas du tout comme ceux du comité d'embauche de l'u. de L. (ni d'ailleurs des u. de Y, u. de T., u. de Mm., u. de T.B., u. de F. (N.-B.?), u. du Q., u. de V. ni de l'u. de W.). Je dois avoir oublié une u. quelconque. Ils m'ont bien eu.

Dois-je regretter quelque chose? Oui, la possibilité de continuer mes recherches, impossible sans affiliation. Certainement pas l'espèce de terreur dans laquelle semble vivre le prof d'université. Je ne sais pas pour les autres. Quand ce n'est pas la crainte d'une appréciation négative du tout-puissant étudiant (ça me révoltait, même quand j'étais étudiant), c'est celle d'un nouveau venu qui menacerait votre précieuse carrière ou position dans le département. Je n'ai jamais considéré personne comme une menace pour moi, probablement parce que je suis tantôt d'une grande naïveté dans les rapports humains tantôt d'une méfiance extrême. Mais jamais à propos. Parce que le pouvoir ne m'intéresse pas. La concurrence me fatigue. La gloire m'embêterait.

Comme je cherchais un exemple de quelqu'un que je pourrais considérer comme prétentieux ou pédant, j'ai tout de même vérifié sa biographie sur le Net. On le voit sur TV5 pérorant dans une chronique rebaptisée Merci professeur. Il est outre prof à Paris 7 Délégué général à la langue française et aux langues de France. Je ne doute pas qu'il soit un « éminent linguiste et spécialiste reconnu de la langue française », comme l'a sacré TV5. Chose que je ne suis pas et que je ne revendique pas. Surtout pas de me faire déléguer à la langue (bien pendue ou de boeuf, peut-être).

D'après son parcours, il est surtout spécialiste du Moyen Âge et de philologie, mais je me fie sans doute à tort à l'impression qu'il me faisait dans la version précédente de sa chronique et en particulier cet air qu'il avait de tout sortir de son chapeau. Moi je ne cache pas que mon (peu de) savoir sort des livres. C'est d'ailleurs là que je renvoie ceux qui ont le malheur de me demander mon avis. Toujours vérifier.

Mais d'après le mien (d'avis), je suis surtout nul. La partie n'est donc pas égale. Cependant, en tant que sémanticien, je ne suis pas sûr que cet éminent linguiste ait raison de parler d'aptonyme. « Nom prédestiné, étroitement associé à un métier ou à une occupation »: sa définition. Ex. Un pâtissier s'appelant Boulanger, etc. Dans le Balivernier où j'évoque le fait qu'il y a des gens qui sont « bien nommés », j'avais adopté le terme d'Euonyme. La forme que j'avais choisie a le mérite de respecter les règles de formation (espérons-le), tandis qu'apte vient du latin.

Je me suis aperçu, en vérifiant sur le site du balivernier, que j'étais mauvais webmestre: les renvois (les liens) n'ont pas été corrigés depuis que j'ai changé le format des pages. Voilà qui s'ajoute à la liste.

Mauvais prétentieux, mais assez bon sémanticien, puisque aptonyme a le douteux privilège de ne rien vouloir dire de clair. Essayez d'analyser. Apt- (capable de qqch) -onyme (nom). « Capable du nom » ? Et comme adjectif, « dont le nom est capable de ... » Un sémanticien peu conforme, puisqu'il ne décrit pas le sens (je laisse ce soin aux lexicographes).

La dernière fois qu'on a dit de moi que j'étais intelligent c'était en 1986, dans les escaliers d'un immeuble de l'université à Winnipeg, mais c'était un propos rapporté avec malice, je crois, « on m'a dit que vous étiez intelligent » et j'ai répondu dans la même veine: sans doute une mauvaise langue.

Un copain que j'ai longtemps considéré comme une sorte de pique-assiette intellectuel m'a soutenu courageusement que ma compagne (mon ex-) était plus intelligente que moi parce qu'il la comprenait. Ou était-ce parce qu'elle le comprenait? Comment sait-on qu'on est compris, en dehors du strict discours quotidien, ouvrir, fermer, allumer, éteindre, donner, prendre, sortir?

En réalité, ce qui m'arrive est bien mérité. A-t-on idée de vouloir faire de la sémantique en Amérique du Nord alors qu'il n'y a que trois champs linguistiques cultivables: phonologie, syntaxe et langues amérindiennes.

Et j'ai le don de m'entourer de gens désagréables. De retour à Régina, pour la soutenance de mon étudiante, je me fais accueillir par un ex-collègue qui m'annonce que je n'ai pas eu mon doctorat d'État. Votre espion aurait dû rester jusqu'à la fin, ai-je répondu. Sans bonjour ni rien. D'ailleurs un seul membre du département m'a dit bonjour, celui qu'on avait imposé à l'étudiante pour qu'elle me garde comme directeur.

Mauvais souvenirs. Et l'air jouissif de ceux qui me prennent en faute, à tort ou à raison. Moi, l'adepte du second mouvement, hyperméfiant de toute forme d'opinion, surtout des miennes. Je suis venu à la campagne pour raréfier mes contacts humains/interpersonnels. Et parce que je l'avais promis à mon vieux Galopin. Il a eu six bonnes années. Mais j'ai ainsi entamé ma désocialisation. La vraie tranquillité est six pieds sous terre, me disais-je l'autre jour, au passage des gamins qui font du quad et du motocross dans le coin. Façon de parler, car je me vois mieux sous forme de cendres, comme je mérite le bûcher. Je ferme le ban avant de me dissiper tout à fait. Mes anges gardiens sont là, Le mâle alpha dort, mais la tête tournée dans ma direction. Le plus jeune est lové sur un coussin, à côté de la table de travail. J'ai besoin d'eux, et de mes « filles », l'une dont l'oeil gauche va mieux, et qui se repose et la petite qui m'attend en haut. Aussi dois-je me taire et me terrer. Schnauzer.